Votre navigateur a besoin d'être mis à jour afin de profiter de toutes les fonctionnalités du site web d'Eneo Cameroon.

Firefox, Internet Explorer, Chrome, Safari

Cameroun : comment se porte le système électrique en début d’année 2020

Rationnement d’électricité, impact des barrages de Memve’ele et Lom Pangar sur l’offre d’énergie, dette de l’Etat envers Eneo, relations avec la Sonatrel, rumeurs sur le départ d’Actis, etc. Entretien avec Eric Mansuy, directeur général de la société concessionnaire du service public de production et distribution de l’électricité au Cameroun, sur l’actualité du secteur.

Le 25 janvier 2020, la société Eneo, via un communiqué, a rappelé qu’elle effectue le rationnement de l’électricité dans certaines villes du Cameroun à cause d’une « crise aiguë de liquidité qui crée un déséquilibre dans le secteur en général depuis plusieurs mois ». En quoi cette situation est nouvelle ou particulière par rapport aux années antérieures où les coupures d’électricité n’étaient pas pratiquées avec la même ampleur ?

Tout d’abord, nous exprimons toute notre sympathie à nos clients pour les désagréments actuels. Nous travaillons à rendre le plus équitable possible les plans de rotation de la fourniture mis sur pied et régulièrement communiqués aux clients via nos plateformes dédiées.

Le système électrique national est composé de trois réseaux interconnectés, ainsi que des centrales isolées. La situation actuelle du service varie d’un réseau interconnecté à l’autre. Dans le réseau Interconnecté Nord (RIN), nous connaissons une période d’étiage relativement calme, sans rationnement pour cause de déficit de production. Nous profitons dans cette partie du pays d’une pluviométrie qui a permis remplir suffisamment le barrage de Lagdo afin d’assurer aujourd’hui un équilibre entre l’offre et la demande.

En revanche dans le Réseau Interconnecté Est (RIE) et le Réseau Interconnecté Sud (RIS) nous avons besoin de solliciter les centrales thermiques pour faire face à la demande. C’est à ce niveau que les difficultés d’approvisionnement en fuel génèrent les perturbations que nous connaissons depuis quelques semaines.Au-delà des coupures liées au déficit de production, du fait du manque de liquidités, les interruptions sur le réseau de distribution sont en baisse de 4% par rapport à la même période l’année dernière.

Depuis la fin de l’année 2019, de nombreuses contraintes ont fortement perturbé le processus d’équilibre entre l’offre et la demande dans le RIS et le RIE. Nous observons notamment que :

  • La croissance régulière de la demande en énergie entraîne l’augmentation des contraintes sur les réseaux (surcharge de transformateurs d’interconnexion, congestion sur les lignes de transport) qui limitent les capacités d’évacuation des productions des centrales hydrauliques sur le réseau de transport, malgré la bonne hydraulicité observée cette année dans les lacs.
  • La sollicitation plus importante de nos centrales thermiques du fait d’une demande croissante, entraîne à son tour une augmentation des besoins en carburant, besoins qu’Eneo ne peut satisfaire entièrement à cause du manque de liquidités.

Tous ces éléments conduisent à des déficits de production importants pouvant aller jusqu’à 130 mégawatts certains soirs à la pointe. Et en gros, l’essentiel de ces facteurs induit une pression plus accrue sur la trésorerie de l’entreprise. C’est tout le secteur de l’électricité en général qui est en proie à cette crise aiguë de liquidités. Pour Eneo, c’est en grande partie dû à d’énormes impayés, qui nous empêchent d’honorer tous nos engagements vis-à-vis de nos fournisseurs.

La conséquence la plus visible se traduit par les difficultés rencontrées dans l’approvisionnement quotidien en fuel de nos centrales thermiques, entrainant des délestages. Depuis décembre dernier, le Premier Ministre, Chef du Gouvernement du Cameroun, alerté de cette situation a su prendre la mesure des menaces importantes qui pèsent sur le secteur. Il a instruit les ministres et administrations concernés de prendre les actions nécessaires au rétablissement de l’équilibre financier du secteur en général. Ces actions comprennent entre autres l’injection immédiate de liquidités, puis la levée cette année des fonds nécessaires à l’apurement de l’ensemble des dettes. Nous avons bon espoir que ces mesures seront implémentées dans les meilleurs délais pour permettre de vite relever la qualité du service électrique.

Au sujet du problème d’approvisionnement en poteaux bois, les échanges avec le gouvernement vont aussi dans le bon sens. Rendu à l’évidence que la coupe des poteaux bois dans le Nord-Ouest était en berne du fait de la crise sécuritaire, le gouvernement avait déjà donné son accord de principe pour qu’Eneo s’approvisionne dans certaines forêts de l’Ouest. Une convention vient d’être signée par Eneo et le gouvernement pour encadrer la coupe des plants d’eucalyptus dans la forêt de Baleng. L’étape suivante doit être l’autorisation. Nous l’espérons vivement. La reprise d’approvisionnement de nos usines en bois dans les prochaines semaines devraient soulager nos bases techniques et faciliter leurs interventions suite aux pannes. Baleng fournira environ 20 000 poteaux bois. Le besoin annuel étant d’à peu près 70 000, nous continuerons de travailler avec le Ministère des forêts pour l’autorisation d’exploitation des autres réserves identifiées à l’Ouest.

En 2020, nous envisageons le remplacement de 50 000 poteaux bois dégradés, et environ 40 000 l’année suivante. Dans le cadre de notre stratégie des poteaux, nous ferons un mix poteaux bois et béton. Les poteaux en béton seront produits par une filière camerounaise en cours de développement.

Dans le communiqué du 25 janvier, il est évoqué des « difficultés dans l’approvisionnement en fuel des centrales thermiques ». Que représente la dette des gros clients (HT), celle de l’Etat et de ses démembrements et celles des clients basse tension par rapport à la dette d’Eneo envers ses fournisseurs ?

La dégradation sans précédent de la situation financière d’Eneo et partant de tout le secteur de l’électricité du Cameroun au cours de l’année 2019 s’explique par l’accumulation des impayés de certains gros consommateurs. Cette situation a eu pour revers une détérioration de la dette d’Eneo vis-à-vis des entreprises de fourniture d’énergies et de combustibles pour l’approvisionnement des centrales thermiques.

Au cours du second semestre de l’année 2019, l’État du Cameroun a fait des efforts pour apurer partiellement sa dette tout en permettant à Eneo de continuer à assurer les approvisionnements en combustibles des Centrales. Toutefois le montant des dettes cumulées reste encore très important et s’élève à plus de XAF 180 milliards au 31 décembre 2019 (dont XAF 63 milliards pour les seules entreprises publiques et/ou à capitaux publiques).

En contrepartie Eneo reste devoir aux fournisseurs d’énergies et de carburants la somme de XAF 155 milliards à la même date.

Au-delà du solde qui reste en faveur d’Eneo, le secteur entier fait face à un manque persistant de liquidités pour faciliter le bon fonctionnement des opérations.

Dans le cadre des concertations conduites par le Premier Ministre, il faut saluer la décision de l’État du Cameroun de régler un premier lot de factures certifiées pour un montant total de XAF 45 milliards par l’émission d’Obligations du Trésor Assimilables (OTA) permettant l’injection d’argent frais dans le secteur. Cette opération, que nous souhaitons voir aboutir dans les meilleurs délais, permettra l’apurement partiel des dettes des fournisseurs d’énergies et de combustibles, et assurer l’approvisionnement régulier en combustibles avec à l’horizon les périodes sensibles telles que les élections, le CHAN [Championnat d’Afrique des nations de football qui aura lieu au Cameroun du 04 au 25 avril 2020, NDLR], etc.

Pour rester sur la question du carburant des centrales thermiques, la mise en service du barrage de Memve’ele était censée réduire les charges d’Eneo et améliorer la fourniture d’électricité sur le Réseau interconnecté Sud. Le ministre de l’Eau et de l’Energie a annoncé à l’Assemblée nationale, à la session ordinaire de novembre 2019, que ledit barrage produisait déjà 65 mégawatts sur les 211 escomptés. Quelle est l’appréciation qu’on fait de Memve’ele à Eneo ? Est-ce que l’énergie partielle de la centrale hydroélectrique allège déjà vos charges effectivement ?

Effectivement, la mise en production de Memve’ele en avril 2019 a permis de baisser la production de certaines centrales thermiques (Ebolowa, Mbalmayo, Ahala), d’améliorer la qualité de service dans la région du Centre et limiter les déficits de production dans le réseau Sud. Yaoundé aurait été dans une situation pire sans Memve’ele compte tenu des contraintes de congestion (surcharge) présentes actuellement sur le réseau de transport.

Cette injection partielle a par conséquent permis de réduire en 2019 les charges de combustible de plus de 50% dans les centrales d’Ebolowa, Mbalmayo et Ahala. Mais globalement pris, nos besoins en combustibles se sont accrus avec la hausse de la demande. Et comme nous le disions, les tensions de liquidités dans le secteur réduisent notre capacité à nous approvisionner en carburant à hauteur des attentes. D’où les rationnements.

Toujours en lien avec cette question des charges liées au carburant pour Eneo, le directeur général de l’entreprise publique Electricity Development Corporation, Théodore Nsangou, a affirmé, dans la presse publique à certaines occasions, que la mise en service du barrage réservoir de Lom Pangar, qui permet de saturer les barrages de Songloulou et Edéa depuis 2016, permet à Eneo d’économiser environ 25 milliards de F CFA par an ; montant représentant l’enveloppe des achats de gasoil pour les centrales thermiques sans Lom Pangar. Est-ce une réalité vécue à Eneo avec le barrage réservoir de Lom Pangar ?

Le barrage réservoir de Lom Pangar qui a été mis en service en septembre 2015 est d’un grand secours, car il permet à la centrale de Songloulou de produire à pleine capacité avec un débit moyen de 1050m3/s du fleuve Sanaga. Cependant, les travaux de réhabilitation de Songloulou et les contraintes de congestion sur le réseau de transport limitent les capacités d’évacuation de ladite centrale malgré une bonne hydraulicité observée cette année.

Quant à la centrale d’Edéa, le dimensionnement de l’aménagement de Lom Pangar ne lui permet pas de produire à pleine capacité en période d’étiage. Il faut en effet un débit moyen de 1400m3/s pour générer ce niveau de performance. On note tout de même le relèvement du niveau de production de la centrale qui est passé d’une moyenne de 150 à 210 mégawatts en période d’étiage.

En synthèse, l’arrivée de Lom Pangar a permis d’améliorer la production dans les centrales de Songloulou et Edéa, et de façon marginale de réaliser des économies de production thermique. Dans l’ensemble, les gains générés sont toutefois progressivement dilués par la croissance de la demande qui induit une forte sollicitation du thermique et donc du fuel.

Le système électrique du Cameroun est souvent présenté comme étant un système ayant un déficit chronique. Pourquoi cela selon vous ? Qu’est-ce qu’il faudrait pour avoir un équilibre dans le secteur ?

Le système électrique camerounais est caractérisé par une demande en énergie relativement élevée qui nécessite la mise en service de nombreux ouvrages (production, transport et distribution) et donc des investissements importants suivant la courbe d’évolution de la demande. Une bonne coordination entre les acteurs et des investissements massifs permettra certainement de réduire cette tension permanente entre l’offre et la demande. Les besoins d’investissements d’Eneo sur la période 2020-2031 sont estimés à XAF 521 milliards (EUR 795 millions). Seul l’assainissement durable des finances du secteur de l’énergie permettra le retour de la confiance des investisseurs et la levée des fonds nécessaires à ces investissements.

Comment se passe la collaboration avec la Sonatrel, à qui Eneo a cédé le volet « Transport » de l’électricité depuis 2019, officiellement ?

La collaboration évolue dans la bonne direction. On peut observer des légères contraintes de coordination dans la gestion et la planification du système électrique. C’est une situation normale dans un contexte de transition. Le plus important est de les aplanir pour avancer.

N’y a-t-il aucun souci au niveau du partage des infrastructures ?

Les termes du contrat de concession sont relativement clairs, mais des difficultés apparaissent au sujet de la séparation et de la maintenance des ouvrages rétrocédés. Ce sont des difficultés temporaires qui ont vocation à être solutionnées dans le temps avec l’appui de la tutelle et du régulateur.

Vous êtes arrivé à Eneo Cameroon S.A. en janvier 2019 au poste de Directeur général adjoint chargé de la Distribution et du Commerce ; et le 28 novembre de la même année vous avez été promu Directeur Général en remplacement de Joel Nana Kontchou. Certaines rumeurs font état d’un projet de cession d’Eneo par Actis à un autre actionnaire majoritaire, comme ce fut le cas avec l’américain AES Corporation, avant la fin de la concession qui est en vigueur jusqu’en 2031. Et vous seriez celui qui doit piloter l’entreprise jusqu’à cette cession. Eneo demeurera-t-elle une filiale d’Actis jusqu’en 2031 ?

En tant que Directeur Général d’Eneo, je n’ai pas vocation à répondre en lieu et place des actionnaires de l’entreprise.

Source: energies-media.com


image
SUIVI DE VOS DEMANDES

Evolution et devis électronique

image
FACTURE ELECTRONIQUE

12 Derniers mois & Alertes emails

image
RÉCLAMATIONS EN LIGNE

Suivi et relance

image
TRAVAUX & INCIDENTS

Programme par ville et quartier